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Editions Apogée

  • Espèce d'animal !

    Posté le 12 Janvier 2015 par Éditions Apogée

    Ceci n'est pas une insulte, mais bien le titre de la collection scientifique jeunesse dans laquelle vient de paraître 3 nouveaux titres ! Pour en savoir plus, réécoutez l'interview de Nicolas Guillas, journaliste scientifique à l'Espace des sciences de Rennes sur Radio Laser (95.9).


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  • Lancement de Direct live (Alain Jégou) à Rennes

    Posté le 6 Janvier 2015 par Éditions Apogée


    À l'occasion de la parution en janvier de Direct live, le livre rock d'Alain Jégou, préfacé par Benoît Delaune, un lancement en musique est organisé dans le café-bar Le Papier Timbré (39, rue de Dinan) le vendredi 16 janvier, à 19 h. C'est le groupe ZEBRA III qui orchestrera cette soirée-lecture (renseignements au 09 52 52 11 15).


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  • Yvan Droumaguet revient d'Afrique

    Posté le 5 Janvier 2015 par Éditions Apogée

    Retrouvez Yvan Droumaguet, auteur de L'Amour, échec de la philosophie, sur Ouest-France dans un article signé Agnès Le Morvan (2 janvier 2015).


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  • L'avis d'un psychiatre sur Le Corps perdu de Suzanne Thover

    Posté le 11 Décembre 2014 par Éditions Apogée

    Le récit du tunnel dépressif, autobiographique ou fictif, n'est pas inédit : plusieurs livres l'ont déjà proposé plus instructifs pour le lecteur que les descriptions médicales. Les pathologies dépressives sont plus difficiles à comprendre que les pathologies somatiques dont la cause est visible grâce à l'imagerie médicale ou palpable grâce à des signes objectifs fournis par les analyses biologiques. La difficulté à appréhender la maladie dépressive génère incompréhension de l'entourage voire du corps médical : "Secoue toi, remue toi, fais un effort"...

    Marie Le Drian décrit l'isolement, mieux, le rejet social dont est victime Suzanne Thover. Elle décrit bien mieux encore en un style qui donne un rythme d'une étonnante vivacité contrastant avec le symptôme cardinal de la dépression de Suzanne : la paralysie imposée par la dépression. Paralysie de la pensée, des émotions, de la volonté, de l'action qui place l'héroïne en retrait de toute vie sociale et familiale.Point d'inutile pathos dans ce beau livre racontant une souffrance psychique qui donne le frisson au lecteur tellement bien emmené dans le processus dépressif dont lui n' a aucune idée au point de ne savoir que dire : secoue toi ! Par une froide description des réponses sanitaires (médecin de ville généraliste ou psychiatre, service des urgences, hôpital psychiatrique, ) l'auteur nous dit combien notre société est enfermée dans son obsession de mise en place de processus opératoires. La sécurité prime : tout est fait pour prévenir le geste suicidaire. La carte vitale est l'objet d'échange central. Mais, une fois le malade " pris en charge", la personne en souffrance est oubliée. Sans porter de jugement personnel, Marie Le Drian dresse un portrait saisissant de cette médecine riche de ses protocoles et technologies.

    Le miracle viendra de l'attention d'amis d'enfance.N'allez pas croire que le livre masque la réalité des outils médicaux en particulier médicamenteux aujourd'hui disponibles pour traiter la dépression. Le parcours de Suzanne dit leur utilité et ....leurs limites. Et il dit aussi comment aujourd'hui encore quelqu'un peut être "aidé" médicalement et socialement sans que lui soit jamais énoncé ni expliqué le diagnostic de maladie dépressive ! Cet ouvrage montre enfin combien la dépression peut définitivement changer la trajectoire de vie même lorsqu'elle finit par être correctement traitée et se cicatriser. Un autre message de Marie Le Drian : il y a intérêt à trouver des le début du processus les bons outils de traitement, les bonnes adresses médicales ! Vaste programme !

    L'Académie de Médecine à choisi de récompenser un très beau livre sans concession sur la médecine d'aujourd'hui à propos d'une pathologie dont on peut craindre que certains médecins eux mêmes ne sachent pas la nommer et la reconnaître. Ce choix du jury du Prix Jean Bernard est assurément un très bon choix. Le livre de Marie Le Drian est à lire absolument par toutes celles et ceux qui souffrent ou connaissent un proche qui souffrent de dépression : rappelons que 15% d'entre nous sont ou seront atteints par cette maladie...

    Jean-Pierre OLIÉ
    Psychiatre - Membre de l'Académie nationale de médecine


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  • Albert et Déborah Bensoussan sur Radio Alpha

    Posté le 8 Décembre 2014 par Éditions Apogée

    Pour réécouter l'émission de radio "Regard culture", présentée par Arnaud Wassmer (Radio Alpha), sur le roman épistolaire Tobie et Léah, c'est ici.


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  • Revoir, réécouter, relire Alain Jégou

    Posté le 5 Décembre 2014 par Éditions Apogée

    Le jeudi 11 décembre, la Maison de la poésie organise à La Péniche Spectacle (quai Saint-Cyr à Rennes) une soirée (19 h 30) consacrée à Alain Jégou et animée par Arnaud Wassmer. Avec, entre autres moments forts, la projection du film de Christophe Rey Le Chant des mers. Renseignements au 02 99 51 33 32.


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  • Les laines sauvages

    Posté le 7 Novembre 2014 par Éditions Apogée

    Le Fils d'Étienne d'Alain Ferry
    par Albert Bensoussan

    Qui est Alain Ferry ? Pas un descendant du grand Jules, mais un professeur qui a mis au pas toutes les têtes galonnées en sévissant pendant plus de trente ans au Prytanée. Un agrégé des lettres épris de Flaubert et de sa Bovary — c’est le titre d’un de ses romans couronné du prix Médicis, mais curieusement dans la catégorie « essai » (Mémoire d’un fou d’Emma, Le Seuil, 2009), alors que là, plus qu’ailleurs l’imagination est au pouvoir. Un père de famille retiré à la campagne comme Michel Eyquem sur sa montaigne, qui, lorsqu’il n’est pas à la lecture comme un possédé des Lettres (« Je lis pour vivre »), noircit ses cahiers d’écriture avec des scrupules de naturaliste. Multipliant digressions et citations, gravant sur ses poutres des paroles édifiantes, et s’abandonnant à ses deux passions : l’écriture et l’amour, d’ailleurs confondues. On se souviendra de ses souvenirs d’enfance, El-Khous, éthopée d’un pied-noir (Le Seuil, 1978) et de sa verbhorrée, qui lubrique — La mer des mamelles (Le Seuil, 1995) —, qui librique — Rhapsodie pour un librique défunt (Apogée, 2013), dont nous avons ici-même rendu compte (La Quinzaine littéraire, 16/30 avril 2013). Un écrivain rare et prodigieux qui nous livre là, d’une plume testamentaire, ses relations de fils à père puisque le titre le définit comme tel. Déjà, par le passé, Alain Ferry avait fait entendre, avec quelque alchimie, la voix de son père en publiant Le devoir de rédaction (Actes Sud, 1983). Au cours du long récit du Fils d’Étienne que j’avoue avoir lu d’une traite, en passant par-dessus la nuit et le jour, sans pouvoir m’en déprendre, le romancier classe ses papiers, revisite les tiroirs de sa mémoire, retrouve bon nombre de lettres et d’écritures de son père dont il truffe sa propre déambulation littéraire, bref, nous livre une manière de somme de vie, un testament en somme, mais dans la luxuriance, la nonchalance piétonnière, la profusion poétique et le délire des mots, toutes qualités qui, au-delà du « verbiage » dont un maître maniaque qualifiait les dissertations de Proust, le rattachent, par la plus savante des sources et la plus magique des veines, à La recherche d’un autre temps perdu.

    L’incipit dit clairement son objet : « Fils et père ». Il s’agira donc d’un dialogue. L’explicit tirera un trait sur le géniteur défunt, et le fils n’aura que trois mots de conclusion : « Je suis seul ». Mais en-deçà que de filons et de veines narratrices, que de bonheur d’évocation et d’histoire ! Nous sommes en Algérie, et c’est la colonie. Un paradis perdu ? Qui a dit cela ? Le paradis ne se trouve que sous les pieds des mères. Une mère que le narrateur voit désormais par les yeux de son mari, le grand Étienne, amoureux fou de Rosette, comme Alain Ferry le fut d’Emma. Il nous rapportera ces vingt-cinq années de bonheur, jusqu’à la douloureuse et fatale maladie. Le récit de la mort de la génitrice nourrit, probablement, les plus belles pages du livre, les plus émouvantes. La scène est toujours à El-Khous, à un jet de pierre de Mondovi où naquit Camus, avec qui le père Ferry a en commun d’exercer, comme le père d’Albert, le métier de contremaître agricole. Caviste et électricien surdoué, naturellement exploité par les patrons qui, eux, sont ces vrais colons, archi-minoritaires par qui l’opprobre tombera sur l’ensemble du petit peuple pied-noir. Là, comme chez l’auteur du Premier homme, nous avons affaire à des humbles, des besogneux, des forçats de la glèbe, des dévoués et généreux, des âmes simples. Pour qui veut connaître et comprendre ce que fut l’Algérie française, ce livre est assurément le meilleur ethnologue. La guerre venant, rien ne sera épargné au champ d’horreur, et Ferry en est ici le scribe accompli, lui qui entend « soumettre la vie au contreseing de l’écriture ». Rien ne lui est plus éloigné que le sentiment de nostalgie, encore moins la « Nostalgérie », pour reprendre un mot forgé par Montherlant. Il fut heureux à El-Khous, auprès de ce père qui l’aimait tant, de sa mère si attentive au bonheur de son petit « Lalou » qu’elle n’hésita pas à se séparer de lui pour qu’il puisse apprendre à devenir un homme à Bône, à Alger, à Paris ; la famille est le bain amniotique du narrateur, et son bonheur était avant tout là, dans ces visages, dans cette géographie humaine, bien plus que dans cette terre qui allait se révéler bientôt marâtre. Pour cela, la seule définition qu’il donne de l’Algérie est « le pays où mes parents et moi nous nous sommes tant aimés ».

    Alors il y a l’amour des livres et cet héritage de Monsieur Teste dont « la bêtise n’est pas [le] fort ». Que d’intelligence, en effet, chez ce petit garçon issu d’un milieu objectivement défavorisé, qui va rafler les premiers prix et s’inscrire toujours dans l’excellence, jusqu’à Normale Sup et sa jeune agrégation ! Le texte qui décrit ce parcours est balisé de multiples citations de celles qui, pour être issues de « grandes têtes molles » fortifiaient singulièrement le cerveau du petit génie. Et puis il y a la digression. On dit la chose mal vue par la critique. Mais gageons, tant la pertinence du discours ajouté est ici évidente, que le jugement sera tout à rebours. Que seraient Montaigne ou Cervantès sans la digression – ou plus près de nous un Kundera dans le sillage de Diderot ? Le roman est une vaste tapisserie dont Cervantès avec fausse modestie confessait la grossièreté des nœuds ; mais ici de toutes ces laines sauvages qui composent le lent et long récit de la vie d’Alain et d’Étienne, le scribe tire un écheveau solide et cohérent. Pour la raison que, ainsi que l’exigeaient les rhétoriciens de l’époque de Cervantès, justement, tous les fils se conjuguent à une seule fibre. Oui les fils sont ici plusieurs fois repliés sur eux-mêmes, oui, il y a ressassement, oui, pléthore, oui, débordement, mais toutes ces eaux fluviales se jettent dans le grand fleuve de la vie, ce fleuve de Jorge Manrique — plaisamment cité par Ferry — qui va se jeter dans la mer, qui est la mort.

    Mais en accordant sa voix à celle de son père, admirable « écrivant » qui fut notaire de toute sa vie en noircissant carnets, agendas et bouts de papier, le scribe s’impose à nous comme le véritable écrivain, celui qui complète, dépasse, subsume l’écrivant que fut son père jusqu’à le hisser à l’Empyrée. Le seul moment où la littérature lâche l’écrivain, c’est, quand tout est consommé, à la dernière phrase, celle où, au terme d’un immense hommage au géniteur qu’il qualifie de « tombeau » — comme Ravel a pu composer en musique un « Tombeau de Couperin » —, Alain Ferry renonce aux fards et aux fioritures de sa prose pour écrire, avec la simplicité retrouvée d’un Camus, écrivain économe s’il en fut : « Je suis seul ». Cette phrase, si troublante, ainsi que quelques autres où perce, derrière les lunettes du grand décrypteur, l’éclat d’une émotion — comme lorsqu’il revoit la cave de la ferme où travaillait son père, vingt ans après, et apprend que des soldats de la France l’avaient transformée en chambre de torture —, constituent ces « laines sauvages » nécessaires, selon lui, aux « écrits bien tissés ». En vérité, ce que que nous offre ici Alain Ferry, vaste geste d’un homme simple dans l’Algérie coloniale, récit d’une enfance heureuse et tourmentée, regard sur « la misère des mondes », manuel de survie d’un autre Gerbault qui a franchi la mer et qui s’écrie, en parodiant Baudelaire : « Homme libre, toujours tu chériras les livres », est une tapisserie exempte de nœuds, de ficelles et de vices. Alors oui, Cervantès en serait content, et satisfait Montaigne.

    Albert Bensoussan


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  • Les Ténèbres intérieures : une parabole baroque

    Posté le 7 Novembre 2014 par Éditions Apogée

    Les Ténèbres intérieures de Jean-Marc Rosier
    par Jean-Pierre Arsaye

    L’amour fou, peu nombreux sont les écrivains des Amériques à avoir traité ce thème avec autant de singularité que Jean-Marc Rosier dans son dernier roman
    Les Ténèbres intérieures. Dans cette fable philosophique, empreinte de mysticismes chrétiens et païens, s’entremêlent occultisme, illuminisme et humanisme athée. On pense au Cimetière de Prague d’Umberto Eco ou au très symbolique Anniversaire de Carlos Fuentes. Manifestement, l’œuvre de l’écrivain
    martiniquais accrédite la prédiction de Malraux : « Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas. »

    Loin du style familier, scandé, syncopé de Noirs néons, le précédent roman de Rosier, la langue des Ténèbres intérieures, châtiée, elliptique, confine au poème. Structurée en deux parties inversement titrées (« La raison déraisonne » et « La déraison raisonne »), selon une certaine discontinuité temporelle, l’action se déroule à Trou-au-Chat, commune fantasmatique et fantasmagorique d’un pays non nommé mais que l’on devine être une île des Petites Antilles. Jonas K. Jonas, le narrateur et protagoniste, maître d’école, est athée. Nouvel Orphée, il se met en quête de son épouse Désirée, son Eurydice emportée dans les ténèbres extérieures par un papillon de nuit qui s’était introduit au domicile conjugal. Impuissant à tuer ce messager de la mort, il sombre dans la folie (mais n’y était-il pas déjà ?).
    Sa quête déraisonnable prend ainsi l’allure d’une véritable descente aux enfers où,
    figure victimaire, il errera sans espoir de sortie. Aussi, pour épuiser ses journées,
    fréquente-t-il le caboulot de l’énigmatique monsieur Bellot où se boit, durant le jour,
    ce rhum « au goût de revenez-y qui prêtait à la fois à l’enchantement et au
    mystère. » Ce monsieur Bellot en qui les gens de la Rivière-Pierre, quartier
    halluciné de Trou-au-Chat, veulent voir, en raison de l’ébène de sa peau, le
    sanguinaire Mobutu Sese Seko, fondateur du Zaïre, ou encore le non moins
    terrible dictateur haïtien François Duvalier, et madame Nédhomme, rien moins
    que « La Bête » de l’apocalypse biblique.
    L’état de déchéance de Jonas suscite la vive inquiétude d’Odon, son ami, son
    « véritable compère » qui, comme lui, est en proie au guignon, car menacé
    d’amputation par un mal incurable. « Je reviendrai au moment même que j’aurai
    trouvé le moyen de te ramener à la raison », promet-il solennellement à Jonas lors
    d’une visite à ce dernier. Au contraire de son compère, Odon, humble agriculteur,
    est un être raisonnable en amour. De son épouse, n’affirme-t-il pas : « Vanotta, je
    n’en suis pas fou. Je l’aime tout simplement » ?
    Indéniablement, Jonas est une plus figure dramatique que tragique en ce qu’il
    suscite la pitié. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de le croire sous le coup d’une
    certaine fatalité de la folie. Orphelin de père — celui-ci étant mort en 1955 à la
    guerre, en Algérie —, il eut une enfance douloureuse, marquée par le « haut mal »
    dont souffrait sa mère. Ayant appris la prochaine venue du grand Jacques Brel au
    Pays, l’enfant Jonas s’était pris à imaginer que Jésus-Christ, « Dieu vivant »,
    pourrait lui aussi descendre de l’avion afin d’accomplir le miracle de la guérison
    de celle-ci. Espoir hélas déçu. Et pour ajouter à son dépit, Abdullah le Syrien,
    voyageur de commerce, qui fut l’amant de sa mère, et en qui il avait cru trouver
    un second père, s’en était retourné définitivement au pays de ses pères. Après tant
    de malheurs, comment s’étonner que notre héros (ou plutôt notre anti-héros) finît
    par basculer dans l’apostasie ? Devenu adulte, il ne lui manquait plus que cet
    épisode du phalène pour être précipité dans une irréversible déraison
    pathologique.Mais tout comme Odon, Jonas garde un cœur pur. Son athéisme n’exclut pas son empathie pour Blandette, « cette reine de piété », victime expiatoire du maire
    et de l’abbé, pour avoir découvert leur commerce charnel dans le vas indebitus.
    Personnage tragique, symbole même de l’amour, véritable « lumière » dans la
    nuit de Trou-au-chat, elle révèle la noirceur de ces gémeaux diaboliques. « Quand
    le drapeau et la croix s’unissent, avait-elle dit à Jonas, c’est le signe que le sang
    va couler. Et c’est le sang du peuple, toujours, qui est bu au calice du pouvoir, ou
    encore celui d’un juste qu’on charge de toutes les fautes. »
    Là s’achève la première partie du roman (« La raison déraisonne »).
    La seconde partie (« La déraison raisonne »), plus courte, mais pas moins
    aboutie, nous présente un Jonas interné dans le cabanon de l’inquiétant aliéniste
    Cauquot de Luppay, lequel pratique une thérapie hydroélectrique expérimentale
    dont lui seul détient le protocole. Jeté dans l’antre souterrain, Jonas cherche à se
    concilier les faveurs du docteur dans l’espoir de recouvrer sa liberté. Cette retraite
    forcée est l’occasion pour lui de cogiter sur sa folie. Mais ce faisant, de par son
    athéisme, il récuse le sentimentalisme métaphysique de Blandette au profit de la
    vérité de son être, sublimé dans cet amour, fût-il absurde, pour Désirée. Car ce qui
    importe pour lui n’est autre chose que la souffrance d’une perpétuelle quête du
    Désir. Pourtant, à la question « Qu’est-ce, l’amour ? » que lui pose de Luppay, il
    finira par formuler la plus inattendue des réponses.
    Comme dans Noirs néons, certains personnages des Ténèbres sont dédoublés,
    appariés, étrangement confondus (comme peuvent l’être l’amour et la folie) ou
    inversés tels ceux d’un jeu de cartes, gémellité et antinomie étant des motifs
    récurrents chez l’auteur. Jonas est, tout au long de l’histoire, interpellé par une
    voix que l’on devine être sa propre conscience, son double extra-lucide qui le
    vouvoie, ce qui place le roman sous les instances d’une sorte de dialogisme tel
    que le conçoit Mickhail Bakhtine. Et, alors que le « je » du narrateur s’inscrit dans
    le passé, le « vous » le ramène au présent. En somme, un cas singulier de
    schizophrénie en adéquation avec la discontinuité de la trame narrative propre à
    refléter la pensée torturée du protagoniste.
    Allusions bibliques et historiques parcourent le texte et, à ce propos, le choix
    des noms des principaux personnages ne doit rien au hasard. Ainsi, Jonas K.
    Jonas qui n’est pas sans rappeler le célèbre prophète avalé par un poisson, est-il le
    sujet d’expérimentation privilégié dans le sinistre cabanon souterrain de de
    Luppay, lequel croit pouvoir débusquer la folie au fondement même de l’Homme.
    Au surplus, cet établissement psychiatrique semble bien évoquer le
    fonctionnement autoritaire de l’habitation esclavagiste et post-esclavagiste, lieu
    claustral où le maître blanc (auquel fait écho le personnage de de Luppay) pouvait
    même, pour les besoins de son industrie, régir l’ordre des jours et des nuits. De
    même, comment ne pas voir en Blandette le double de Blandine, la sainte
    martyrisée des premiers temps de la chrétienté ?
    On notera enfin que les personnages de cette fresque dantesque, tenant parfois
    du grand-guignolesque, figures infernales ou angéliques, sont peu nombreux mais
    tous signifiants.
    Les Ténèbres intérieures apparaît donc comme une sorte de parabole baroque,
    allégorique, et constitue pour cela une entreprise résolument inédite dans la
    littérature caribéenne.

    Jean-Pierre Arsaye


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  • Questionnaire décalé d'Alain Ferry

    Posté le 4 Novembre 2014 par Éditions Apogée

    1) Qui êtes-vous, Alain Ferry ?
    Je suis un citoyen français qui voudrait être un citoyen du monde, et qui est la plupart du temps reclus dans sa bibliothèque pour lire et pour écrire. Mais s’il est utile de définir mon idéal humaniste (inatteignable), je peux vous dire quand il se greffa dans mon cerveau. J’étais en khâgne à Paris, au lycée Henri IV, dans la classe de Laurent Michard. Le maître nous donna un sujet de dissertation et une bibliographie qui m’amena à lire Génies de la France de Marcel Raymond, un recueil d’articles publié à Neuchâtel, en mai 1942, aux éditions de la Baconnière. L’auteur avait voulu ce travail de critique littéraire comme un témoignage de sa foi résistante dans les valeurs du pays d’Agrippa d’Aubigné, de Racine, Hugo, Baudelaire, et en particulier de Montesquieu dont la quatrième de couverture portait un fragment qui me saisit vivement. Ce m’est un plaisir d’aller au rayon où ce livre est rangé, et de refaire entendre la voix si largement française, et si exigeante, de Montesquieu :
    « Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime ».
    J’ai acheté le volume de Marcel Raymond en 1960, rue Cujas, à la librairie des Jeunes Presses où travaillait une jolie libraire qui m’a vu venir et revenir souvent lui acheter des livres : je l’ai bientôt épousée avec tant de certitude qu’elle est toujours mon indéfectible compagne. Cette librairie n’existe plus.

    2) Quel est le thème central de ce livre ?
    Le fils d’Étienne c’est « le portrait de l’artiste peignant le portrait de son père », si je peux reprendre ce titre d’un tableau de Luca Cambiaso. Mais pour peindre la vie et les œuvres de mon père, je lui emprunte son pinceau. En effet, je cite ses mémoires, un beau texte qu’il écrivit à ma demande avec la qualité, la belle simplicité et l’art de conter que lui avait donnés son certificat d’études, diplôme qu’il aurait voulu enrichir d’un bagage plus élevé s’il n’avait pas été mis au travail dès l’âge de treize ans dans une ferme de la plaine de Bône, en Algérie. Avec ma plume ancrée dans la mer de ma culture générale, avec la sienne qui est primesautière et sans façons, ensemble nous disons ce que fut l’Algérie en régime colonial, avant et après la guerre qui aboutit au rapatriement des Pieds-noirs, et à la nouvelle vie de mon père devenu ouvrier d’usine dans la région parisienne. Livre qui au fond dit ce que fut notre relation passionnée avec le génie, parfois sombre, de la France, mettons de Jules Ferry et de Charles de Gaulle, l’un et l’autre amis de l’Instruction, de la Culture, de la Littérature.
    Histoires d’amour, histoires de guerre, la mer Méditerranée, la mort toujours recommencée, et la vie qui continue quand même, avec ses écolages, ses fantasmagories, ses misères, ses beautés, et l’herbe du verbe, vert ou châtié, pour dire et teindre tout ça.

    3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
    Ce pourrait être « Étienne aimait Gina », et je l’aimais aussi en Algérie. Il s’agit de Gina Lollobrigida, la belle romaine qui en 1956 serait Esméralda dans Notre-Dame de Paris. Son nom et sa personne me portent à des considérations sur la part de sang italien qui irrigua notre famille, et sur la guerre d’Algérie du fait que la couverture du Paris Match du début de novembre 1954 (j’écris ces réponses à votre questionnaire le 2 novembre 2014, soixante ans après), s’ornait d’une magnifique photo de cette rouge tulipe qui fait haleter, sinon qui allaite, un chapitre dans Le Fils d’Étienne.

     

    4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
    Ce serait El Porompompero chanté en live par Amália Rodrigues à Rome, au Teatro Sistina, en 1972. Mon livre explique ce choix.

    5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?
    L’amour de la langue et les coups de dague que l’Histoire donne au tissu de certaines destinées. Le sens de l’humour, et de l’estime pour l’exubérance (on peut apprécier ce que l’on n’aime pas).

    6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond)
    Non, pas vraiment. Je me mets au travail après le café du matin. Mais je suis tout le temps à l’écoute de mots, de bouts de phrases qui toquent à mon oreille intérieure, notamment quand je lis des choses étrangères au sujet du livre que je suis en train d’élaborer. Alors je note sur le premier bout de papier que j’aperçois sur mon bureau. Si je suis dehors, je tire un bristol que j’ai dans une poche, et je note, j’enregistre, comme Mathurin Régnier prenait des vers « à la pipée ». Silence dans le bureau. Il m’arrive d’allumer la station Barock Music, ou Radio Mozart, mais pas fort, et d’ailleurs je ne l’entends pas.

    7) Comment vous vient l'inspiration ?
    L’esprit souffle quand il veut. La grâce, quand elle frappe, c’est souvent dans le dos. L’important est de ne pas en être abasourdi. De retenir des bribes ou des pans de ce qui est donné. Et après l’inspiration qui implique, la transpiration : il faut bosser, potasser, il me faut être un écrivain appliqué.

    8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent « un jour j'écrirai des livres » ?
    L’écriture n’est pas entrée dans ma vie par effraction. La porte de ma chambre à écrire — chambre à soi d’abord virtuelle — n’a pas eu de verrou, je la lui ai ouverte dès qu’à l’école primaire j’ai dû faire des rédactions. De la rédaction scolaire du petit enfant que je fus aux livres de deux cents, trois cents ou six cents pages qu’il m’est arrivé de boucler, la conséquence fut bonne. Du cours élémentaire première année jusqu’à la composition française du Fils d’Étienne, il n’y a pas eu de solution de continuité.

    9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
    Oui, nettement. Première lecture prenante : Naufragé volontaire d’Alain Bombard. J’en parle dans Le Fils d’Étienne. Et à peu près en même temps, Les Fleurs du Mal. Quand j’ai lu Les bijoux, j’ai eu mon baptême du feu. Je venais d’entrer en seconde classique. Le livre me fut prêté par un camarade, que je n’ai plus revu après le baccalauréat (je n’ai pas oublié son nom : Pierre Casimir). Flamme du chant lyrique. Brasier de l’érotisme. Quel moment ! C’est pour ces moments-là qu’il vaudrait la peine de vivre :

    Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
    D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
    Et la candeur unie à la lubricité
    Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

    Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
    Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
    Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal…

    Jeanne, la dame brune du Seigneur Charles. Mon Dieu, qu’elle était belle ! Seigneur, j’en tremble encore.

    10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ?
    Aux heures de mélancolie, je réponds que les écrivains ne servent à rien. « Wozu Dichter ? » : à quoi servent les poètes dans les temps de détresse ? Si la confiance ne s’est pas, comme étrange, enfuie, je crois qu’à chanter ses maux on peut les enchanter. Ensuite qu’il faudrait être Chateaubriand ou rien. Ensuite je me souviens que Julien Gracq appela ce grand enchanteur « le grand paon ». Ensuite je rigole de moi si je suis tenté de me pavaner dans la basse-cour littéraire. Et je me récite Apollinaire :

    En faisant la roue, cet oiseau,
    Dont le pennage traîne à terre,
    Apparaît encore plus beau,
    Mais se découvre le derrière.

    Puis je reprends le collier. Je me persuade qu’écrire c’est être un miroitier. Un lecteur se regardera peut-être dans la glace que je lui procure, et à la place de son visage il apercevra le mien, comme si nous étions des jumeaux, comme si entre nous il y avait une ressemblance assez forte. Alors entre lui et moi, mes phrases déclencheront une fraternisation.
    À quoi ça sert, d’écrire ? Autant demander à Piaf à quoi ça sert l’amour.

    L'amour ne s'expliqu' pas
    C'est une chos' comm' ça
    Qui vient on ne sait d'où
    Et vous prend tout à coup etc.

    11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
    Vous voulez dire les vraies librairies ? Une place à part, comme sacrée. Aragon, dans Le paysan de Paris, dit : « Il ne me vient pas à l'idée que l'on puisse autrement aller au bordel que seul, et grave. » J’ai beaucoup hanté la librairie. Seul. Et grave. En alerte. En chasse. Sagace. Feuilleteur. Fureteur. Toucheur. Tâteur. Palpeur. Donjuanesque pour augmenter mon catalogue. Minute fébrile où il faut faire un choix. Ce livre est gros, mais je ne hais point la grassotta. Le nom de cette auteure est celui d’une débutante dans le métier d’écrire, mais je veux bien aller avec cette giovin principiante. Cette plaquette est mince. Or elle m’attire. Je suis devant elle comme Giono près de son amante Blanche Meyer, vêtue d’une petite robe ajustée si exactement qu’il y sentait « l’existence de la chair ». Je tombe en arrêt. Le doigt ou l’œil pénétrant. Il va falloir que je claque du sou. Eh bien, je paie. Quand on aime les livres, on ne compte pas.

    Voici, prise en 1960, une photo de la librairie des Jeunes Presses :


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  • Questionnaire décalé des Bensoussan

    Posté le 31 Octobre 2014 par Éditions Apogée

    1) Qui êtes-vous ?!
    Albert et Déborah Bensoussan, enseignants repentis, traducteurs appliqués, lecteurs passionnés.

    2) Quel est le thème central de ce livre ?
    Une passion amoureuse contrariée, assortie d'une quête identitaire.

    3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
    "Ceintures zébrures
    Oh lèvres sanguinolentes:
    Lointain dimanche".

    4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
    La première symphonie de Mahler (en raison de la mélancolie, de la fêlure, et aussi de la sonore harmonie)

    5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?
    Une certaine empathie avec la psychologie tourmentée des personnages et les problèmes posés par cette liaison et le choix d'une nouvelle identité.


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