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Entretien avec...

  • Le Télégramme met le "Chien vivant" de Denis Rigal à l'honneur

    Posté le 29 Juin 2018 par Éditions Apogée

     

    Le 11 juin dernier dans Le Télégramme, Rémi Simonet a donné la parole à Denis Rigal à l'occasion de la parution de son témoignage en tant qu'étudiant à Clermont-Ferrand pendant la guerre d'Algérie dans Un chien vivant (disponible en librairie).

    Extrait de l'interview : La jeunesse est-elle la plus belle partie de votre vie ?
    Non. J'ai commencé à savoir ce que je voulais faire à partir de 35 ans. J'ai commencé à être heureux à 35 ans, avant j'ai pataugé.


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  • Amine Boukerche au micro de Félix Boulé (Radio Laser)

    Posté le 23 Février 2018 par Éditions Apogée

     

     

     

     

    À écouter l'interview d'Amine Boukerche*, auteur de l'essai philosophique paru récemment chez Apogée La Citoyenneté républicaine face au libéralisme économique, par Félix Boulé diffusée le samedi 24 février à 17 h dans son émission "Et nous, liserons" sur Radio Laser.

    * Amine Boukerche fait paraître chez Apogée en mai prochain un essai historique intitulé L'Algérie de Tocqueville - Chronique d'un colonisation ratée.
    Mais on vous en reparlera…


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  • Jean-Michel Le Boulanger passe sur Radio Laser

    Posté le 8 Février 2018 par Éditions Apogée

    Jean-Michel Le Boulanger, auteur du petit manifeste culturel paru récemment chez Apogée Éloge de la culture en temps de crise, fut l'invité de Félix Boulé le samedi 10 février à 17 h dans son émission "Et nous, liserons" sur Radio Laser.
    Interview à réécouter ici.

     


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  • André Crenn donne une interview à Unidivers

    Posté le 8 Avril 2016 par Éditions Apogée

    Dans son bureau, rue du Noyer, à Rennes, André Crenn a reçu Thibault Boixière d'Unidivers, le webzine culturel de Rennes et Bretagne.
    En voici la teneur :
    http://www.unidivers.fr/edition-rennes-apogee/


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  • Espèce d'animal !

    Posté le 12 Janvier 2015 par Éditions Apogée

    Ceci n'est pas une insulte, mais bien le titre de la collection scientifique jeunesse dans laquelle vient de paraître 3 nouveaux titres ! Pour en savoir plus, réécoutez l'interview de Nicolas Guillas, journaliste scientifique à l'Espace des sciences de Rennes sur Radio Laser (95.9).


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  • Yvan Droumaguet revient d'Afrique

    Posté le 5 Janvier 2015 par Éditions Apogée

    Retrouvez Yvan Droumaguet, auteur de L'Amour, échec de la philosophie, sur Ouest-France dans un article signé Agnès Le Morvan (2 janvier 2015).


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  • Albert et Déborah Bensoussan sur Radio Alpha

    Posté le 8 Décembre 2014 par Éditions Apogée

    Pour réécouter l'émission de radio "Regard culture", présentée par Arnaud Wassmer (Radio Alpha), sur le roman épistolaire Tobie et Léah, c'est ici.


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  • Questionnaire décalé d'Alain Ferry

    Posté le 4 Novembre 2014 par Éditions Apogée

    1) Qui êtes-vous, Alain Ferry ?
    Je suis un citoyen français qui voudrait être un citoyen du monde, et qui est la plupart du temps reclus dans sa bibliothèque pour lire et pour écrire. Mais s’il est utile de définir mon idéal humaniste (inatteignable), je peux vous dire quand il se greffa dans mon cerveau. J’étais en khâgne à Paris, au lycée Henri IV, dans la classe de Laurent Michard. Le maître nous donna un sujet de dissertation et une bibliographie qui m’amena à lire Génies de la France de Marcel Raymond, un recueil d’articles publié à Neuchâtel, en mai 1942, aux éditions de la Baconnière. L’auteur avait voulu ce travail de critique littéraire comme un témoignage de sa foi résistante dans les valeurs du pays d’Agrippa d’Aubigné, de Racine, Hugo, Baudelaire, et en particulier de Montesquieu dont la quatrième de couverture portait un fragment qui me saisit vivement. Ce m’est un plaisir d’aller au rayon où ce livre est rangé, et de refaire entendre la voix si largement française, et si exigeante, de Montesquieu :
    « Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime ».
    J’ai acheté le volume de Marcel Raymond en 1960, rue Cujas, à la librairie des Jeunes Presses où travaillait une jolie libraire qui m’a vu venir et revenir souvent lui acheter des livres : je l’ai bientôt épousée avec tant de certitude qu’elle est toujours mon indéfectible compagne. Cette librairie n’existe plus.

    2) Quel est le thème central de ce livre ?
    Le fils d’Étienne c’est « le portrait de l’artiste peignant le portrait de son père », si je peux reprendre ce titre d’un tableau de Luca Cambiaso. Mais pour peindre la vie et les œuvres de mon père, je lui emprunte son pinceau. En effet, je cite ses mémoires, un beau texte qu’il écrivit à ma demande avec la qualité, la belle simplicité et l’art de conter que lui avait donnés son certificat d’études, diplôme qu’il aurait voulu enrichir d’un bagage plus élevé s’il n’avait pas été mis au travail dès l’âge de treize ans dans une ferme de la plaine de Bône, en Algérie. Avec ma plume ancrée dans la mer de ma culture générale, avec la sienne qui est primesautière et sans façons, ensemble nous disons ce que fut l’Algérie en régime colonial, avant et après la guerre qui aboutit au rapatriement des Pieds-noirs, et à la nouvelle vie de mon père devenu ouvrier d’usine dans la région parisienne. Livre qui au fond dit ce que fut notre relation passionnée avec le génie, parfois sombre, de la France, mettons de Jules Ferry et de Charles de Gaulle, l’un et l’autre amis de l’Instruction, de la Culture, de la Littérature.
    Histoires d’amour, histoires de guerre, la mer Méditerranée, la mort toujours recommencée, et la vie qui continue quand même, avec ses écolages, ses fantasmagories, ses misères, ses beautés, et l’herbe du verbe, vert ou châtié, pour dire et teindre tout ça.

    3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
    Ce pourrait être « Étienne aimait Gina », et je l’aimais aussi en Algérie. Il s’agit de Gina Lollobrigida, la belle romaine qui en 1956 serait Esméralda dans Notre-Dame de Paris. Son nom et sa personne me portent à des considérations sur la part de sang italien qui irrigua notre famille, et sur la guerre d’Algérie du fait que la couverture du Paris Match du début de novembre 1954 (j’écris ces réponses à votre questionnaire le 2 novembre 2014, soixante ans après), s’ornait d’une magnifique photo de cette rouge tulipe qui fait haleter, sinon qui allaite, un chapitre dans Le Fils d’Étienne.

     

    4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
    Ce serait El Porompompero chanté en live par Amália Rodrigues à Rome, au Teatro Sistina, en 1972. Mon livre explique ce choix.

    5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?
    L’amour de la langue et les coups de dague que l’Histoire donne au tissu de certaines destinées. Le sens de l’humour, et de l’estime pour l’exubérance (on peut apprécier ce que l’on n’aime pas).

    6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond)
    Non, pas vraiment. Je me mets au travail après le café du matin. Mais je suis tout le temps à l’écoute de mots, de bouts de phrases qui toquent à mon oreille intérieure, notamment quand je lis des choses étrangères au sujet du livre que je suis en train d’élaborer. Alors je note sur le premier bout de papier que j’aperçois sur mon bureau. Si je suis dehors, je tire un bristol que j’ai dans une poche, et je note, j’enregistre, comme Mathurin Régnier prenait des vers « à la pipée ». Silence dans le bureau. Il m’arrive d’allumer la station Barock Music, ou Radio Mozart, mais pas fort, et d’ailleurs je ne l’entends pas.

    7) Comment vous vient l'inspiration ?
    L’esprit souffle quand il veut. La grâce, quand elle frappe, c’est souvent dans le dos. L’important est de ne pas en être abasourdi. De retenir des bribes ou des pans de ce qui est donné. Et après l’inspiration qui implique, la transpiration : il faut bosser, potasser, il me faut être un écrivain appliqué.

    8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent « un jour j'écrirai des livres » ?
    L’écriture n’est pas entrée dans ma vie par effraction. La porte de ma chambre à écrire — chambre à soi d’abord virtuelle — n’a pas eu de verrou, je la lui ai ouverte dès qu’à l’école primaire j’ai dû faire des rédactions. De la rédaction scolaire du petit enfant que je fus aux livres de deux cents, trois cents ou six cents pages qu’il m’est arrivé de boucler, la conséquence fut bonne. Du cours élémentaire première année jusqu’à la composition française du Fils d’Étienne, il n’y a pas eu de solution de continuité.

    9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
    Oui, nettement. Première lecture prenante : Naufragé volontaire d’Alain Bombard. J’en parle dans Le Fils d’Étienne. Et à peu près en même temps, Les Fleurs du Mal. Quand j’ai lu Les bijoux, j’ai eu mon baptême du feu. Je venais d’entrer en seconde classique. Le livre me fut prêté par un camarade, que je n’ai plus revu après le baccalauréat (je n’ai pas oublié son nom : Pierre Casimir). Flamme du chant lyrique. Brasier de l’érotisme. Quel moment ! C’est pour ces moments-là qu’il vaudrait la peine de vivre :

    Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
    D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
    Et la candeur unie à la lubricité
    Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

    Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
    Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
    Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal…

    Jeanne, la dame brune du Seigneur Charles. Mon Dieu, qu’elle était belle ! Seigneur, j’en tremble encore.

    10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ?
    Aux heures de mélancolie, je réponds que les écrivains ne servent à rien. « Wozu Dichter ? » : à quoi servent les poètes dans les temps de détresse ? Si la confiance ne s’est pas, comme étrange, enfuie, je crois qu’à chanter ses maux on peut les enchanter. Ensuite qu’il faudrait être Chateaubriand ou rien. Ensuite je me souviens que Julien Gracq appela ce grand enchanteur « le grand paon ». Ensuite je rigole de moi si je suis tenté de me pavaner dans la basse-cour littéraire. Et je me récite Apollinaire :

    En faisant la roue, cet oiseau,
    Dont le pennage traîne à terre,
    Apparaît encore plus beau,
    Mais se découvre le derrière.

    Puis je reprends le collier. Je me persuade qu’écrire c’est être un miroitier. Un lecteur se regardera peut-être dans la glace que je lui procure, et à la place de son visage il apercevra le mien, comme si nous étions des jumeaux, comme si entre nous il y avait une ressemblance assez forte. Alors entre lui et moi, mes phrases déclencheront une fraternisation.
    À quoi ça sert, d’écrire ? Autant demander à Piaf à quoi ça sert l’amour.

    L'amour ne s'expliqu' pas
    C'est une chos' comm' ça
    Qui vient on ne sait d'où
    Et vous prend tout à coup etc.

    11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
    Vous voulez dire les vraies librairies ? Une place à part, comme sacrée. Aragon, dans Le paysan de Paris, dit : « Il ne me vient pas à l'idée que l'on puisse autrement aller au bordel que seul, et grave. » J’ai beaucoup hanté la librairie. Seul. Et grave. En alerte. En chasse. Sagace. Feuilleteur. Fureteur. Toucheur. Tâteur. Palpeur. Donjuanesque pour augmenter mon catalogue. Minute fébrile où il faut faire un choix. Ce livre est gros, mais je ne hais point la grassotta. Le nom de cette auteure est celui d’une débutante dans le métier d’écrire, mais je veux bien aller avec cette giovin principiante. Cette plaquette est mince. Or elle m’attire. Je suis devant elle comme Giono près de son amante Blanche Meyer, vêtue d’une petite robe ajustée si exactement qu’il y sentait « l’existence de la chair ». Je tombe en arrêt. Le doigt ou l’œil pénétrant. Il va falloir que je claque du sou. Eh bien, je paie. Quand on aime les livres, on ne compte pas.

    Voici, prise en 1960, une photo de la librairie des Jeunes Presses :


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  • Questionnaire décalé des Bensoussan

    Posté le 31 Octobre 2014 par Éditions Apogée

    1) Qui êtes-vous ?!
    Albert et Déborah Bensoussan, enseignants repentis, traducteurs appliqués, lecteurs passionnés.

    2) Quel est le thème central de ce livre ?
    Une passion amoureuse contrariée, assortie d'une quête identitaire.

    3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
    "Ceintures zébrures
    Oh lèvres sanguinolentes:
    Lointain dimanche".

    4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
    La première symphonie de Mahler (en raison de la mélancolie, de la fêlure, et aussi de la sonore harmonie)

    5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?
    Une certaine empathie avec la psychologie tourmentée des personnages et les problèmes posés par cette liaison et le choix d'une nouvelle identité.


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  • Questionnaire décalé de Jean-Marc Rosier

    Posté le 29 Octobre 2014 par Éditions Apogée

     

    Voici les questions posées par Lechoixdeslibraires.com et Lechoixdesbibliothecaires.com à l'auteur du magnifique récit Les Ténèbres intérieures.

    Qui êtes vous?
    Je suis une conscience qui marche, un individu arpentant l’opacité d’une folie plus entêtée que les autres, celle de l’écriture, sans doute parce que j’habite le divers d’une île, la Martinique. Tous les terriens habitent une île, mais ils n’habitent pas tous en Martinique. La terre est une île, n’est-ce pas ! La Martinique est plus qu’une terre rognée par la mer, un « anti-espace » comme l’écrit Édouard Glissant, sinon, pourquoi la nommerions-nous Pays. Peut-être par poésie. Et par prophétisme. Tous les Martiniquais sont poètes, tous les Martiniquais sont prophètes, pour endurer encore la souffrance de la perte de soi, pour être descendus, comme Orphée, comme Jonas, dans les profonds, et pour se tenir au bord des mondes visibles et invisibles des modernités maturée et vécue.

    Quel est le thème central de ce livre ?
    L’amour. L’amour qui est fort comme la mort. L’amour fou éprouvé dans les aérocosmes du sacré. Mes personnages, des êtres limites, évoluent dans l’univers de la conscience malheureuse de Hegel, mieux dans celui de la conscience torturée de Glissant. C’est cet univers qui détermine leur langage, leur « agir », leurs « croyances ».

    Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
    « L’amour est tout un poème de ténèbres. »

    Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
    Un mélange de jazz et de classique. John Coltrane et Chopin dans un concert baroque.

    Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?
    L’imaginaire du divers. Le contrat des possibles. Le roman est un univers sans frontières. Il faut croire en cette grande idée de ne plus ériger des murs dans le roman. C’est le lieu de la relation, du relaté.

    Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond)
    Oui, je crois. L’attente du prodigieux silence de la nuit.

    Comment vous vient l'inspiration ?
    Je ne sais pas. Pour moi, l’écrivain, l’artiste est un voyant. Il est relié. Il est capable de rentrer en correspondance avec les multivers de son esprit. Tout artiste descend en lui-même. Si regarder en soi est relativement possible à tous, exprimer, révéler ce qu’on y voit, ce qu’on ressent, est d’une complexité autre. L’artiste perçoit le détail et le tout de mondes possibles, et s’efforce de leur donner corps.

    Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent « un jour j'écrirai des livres » ?
    Par la lecture et par imitation. Le préalable à mon sens indispensable à l’édification de l’aspirant écrivain, c’est de toute éternité la lecture, cette activité intellectuelle qui consiste à oublier son propre corps, et jusqu’au train du monde dans lequel on est embarqué, dans le but recherché d’être littéralement plongé dans un Ailleurs, ou mieux emporté vers cet Ailleurs, cette destination que nous nous sommes choisie. C’est un « voyage, la lecture, à l’amont, à l’aval » de l’existence, peut-être bien les deux ; le roman est un cosmos, un univers fini, mieux une île. Lire c’est voir, entendre, savoir. Chaque fois que nous lisons, nous nous faisons « découvreurs ». Chaque fois que nous lisons, nous imitons pour ainsi dire les Anges, nous endossons leur tunique intemporelle, nous nous investissons de leur regard à la fois général et restreint, et nous devenons un Oeil absolu qui voit tout et rien d’autre que ce qui est montré (le détail comme l’ensemble), une Oreille absolue qui entend tout et rien d’autre que ce qui est dit, une Conscience qui sait tout et rien d’autre que ce qu’il lui est donné de savoir. Au surplus, le lecteur est à la fois dans l’abstraction comme dans le réel de ces univers. Mais il n’est pas un dieu pour autant. Il n’est au vrai qu’un moteur, un verbe d’action conjugué au présent. Le présent de la lecture. Le lecteur semble encore ignorer qu’il est le marionnettiste et le spectateur d’un théâtre-cinéma. S’il voit (et c’est en voyant qu’il insuffle le mouvement, et donc la « vie », à l’univers du roman), s’il entend, s’il sait, en revanche, et à la différence des Dieux, il ne peut intervenir, déplacer, à la seule force de son vouloir, les briques de cet univers. Le réordonnancement n’est pas dans ses prérogatives. Mais qu’importe, puisqu’il peut lui-même s’instituer Grand ordonnateur, architecte, machiniste. Il lui suffit d’écrire les lignes, la trame d’un nouveau cosmos, d’un nouvel univers, d’un nouvel Ailleurs. Encore faut-il qu’il sache le faire ! S’il est artiste, s’il est « voyant », il le saura. Cette « intelligence de la chose », ce « talent » ne s’acquiert à mon avis qu’à force de lecture, d’empathie avec les livres, et qu’à la condition d’être possédé par la folie du vouloir-écrire.

    Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
    Enid Blyton : la série Le Club des cinq. Les romans d’aventure, d’anticipation (ceux de Jules Verne, de René Barjavel) de science-fiction (Isaac Asimov, HG Wells, etc.), Ti Jean L’horizon de Simone-Schwarz-Bart, Vendredi ou la Vie sauvage de Tournier, livres extraordinaires... Comment pourrais-je choisir ? Il y a tant de trésors déjà découverts et tant d’autres à découvrir.

    Savez-vous à quoi servent les écrivains ?
    C’est une question complexe. Maupassant a écrit quelque part : « Le public est composé de groupes nombreux qui nous crient : Consolez-moi ! Amusez-moi ! Attristez-moi ! Faites-moi rire ! Faites-moi rêver ! Faites-moi frémir ! Faites-moi pleurer ! Faites-moi penser ! Seuls quelques esprits d’élite demandent à l’artiste : Faites-moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament. » Par ailleurs, il se peut que l’écrivain soit un témoin. Mais on ne peut pas se contenter de cette réponse. Tout art doit être basé sur une philosophie. Témoignant, l’écrivain agit. La fonction de l’écrivain, plus largement de l’artiste, est pour moi d’engagement.

    Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
    Laissez-moi plutôt vous parler du libraire. Le libraire est ce regard qui m’accueille quand je pousse la porte de la librairie, cette voix qui me salue avec urbanité, ce passeur grâce auquel je fais l’aventure d’une rive à l’autre, d’un monde l’autre. Le libraire est un adjuvant, le teneur généreux du plaisir de lire.

     


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