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Un livre de poète et d’une grande écriture, originale, inclassable, maîtrisée

Posté le 6 Mars 2012 par Éditions Apogée Aucun commentaire actuellement

Journal d'un haricot, d'Olivier Hobé
par Marc Le Gros, auteur de Manières noires, 3 lointains avec oiseaux et Cormoran

Le journal que le poète Olivier Hobé nous livre aujourd’hui commence le 3/8/2007 et se déploie sur un peu moins d’un an. Le père raconte un moment de l’histoire de Q., 15 ans, que l’initiale va seule désigner tout au long de cette étrange chronique. […]

Un mois auparavant, en juillet donc, on a diagnostiqué à son fils aîné un neuroblastome. […] aujourd’hui, à l’hôpital Morvan de Brest l’opératrice s’apprête à prélever les « deux centimètres cubes de mort vivante » qu’on soumettra à l’analyse. Ajoutons que dès la page d’incipit aussi, ce ton très particulier, très singulier est en place et donne le la. Alors que l’auteur a passé le pont de Recouvrance et se trouve par hasard devant la devanture d’un magasin de jouets pour enfants, son commentaire est déjà tout un programme : « Jeux Jouets Modèles, plus décalé tumeur. » On n’est pas très loin du « Je suis à Dubois dont on fait les cercueils » de Corbière. L’humour noir, André Breton dans une Anthologie célèbre l’avait bien vu, est souvent le plus efficace des antidotes.

Journal d’une maladie donc, journal de bord aussi et pas seulement celui d’un père affecté et dans ce Gethsémani de plastique et de verre, « triste jusqu’à la mort » mais d’un quotidien et d’une « vie ordinaire » qu’il faut bien assumer. Si du repassage des chaussettes qui donne lieu à un développement hilarant sur la mise en équation entre le nombre de neuroblastomes et celui des chaussettes à repasser, sur « l’énergie folle » aussi qu’engendre le « progrès médical » jusqu’au « Merde le linge » qui clôt la journée du 23 septembre cet ordinaire est naturellement lié à la maladie et au malade, certaines journées ne mentionnent ni Q. ni le protocole en cours. Dérives prophylactiques, trouées d’oxygène. Catharsis. « On écrit par hygiène, disait Michaux, pour sa santé. » Olivier Hobé, comme Deleuze dans ceux du « désir » écrit dans les trous de sa vie. […]

Et puis il y a la rage, cette colère froide qui découpe le réel au scalpel, des images à grand écart, des glissades « automatiques » où perce l’héritage des surréalistes dont il est proche mais des oiseaux aussi, des fleurs et des arbres. On trouvera même, au Passage du Gois, à Noirmoutier, une belle pêche de palourdes à marée basse.

Même si de son propre aveu cet ouvrage aura assouvi un désir déjà ancien de « journaliser » et que la rencontre du « thème », aussi tragique soit-il tient du miracle, ce journal est d’abord un livre de poète et d’une grande écriture, originale, inclassable, maîtrisée. Pour certaines connivences secrètes et malgré les différences évidentes, on le rangera auprès de ceux de deux autres bretons, entre Le Fils de Michel Rostain et cet admirable journal sans date qu’est L’Ardoise magique, l’ultime opus de Georges Perros.

Marc Le Gros


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