recherche avancée

À chacun son Liscorno

Posté le 22 Avril 2014 par Éditions Apogée Aucun commentaire actuellement

Liscorno de Jacques Josse
par Guénane

Rien n'est plus libre qu'un lecteur. Je suis entrée librement dans Liscorno. J'y ai rencontré l'auteur, souvent aussi je me suis aperçue.

Depuis l'enfance la lecture aiguisa en Jacques Josse le réseau des nerfs. C'est en lisant qu'il a, en belle partie, trouvé l'amble de sa respiration.

Il avoue qu'il n'a jamais eu en main les outils nécessaires pour s'improviser critique littéraire. Moi non plus. C'est un art la recension ; quand elle n'est pas un chapelet de citations, elle est un art de l'éclairage. Si Jacques Josse ne sait pas chroniquer, il sait croquer, le vivant aussi bien que les morts et j'ai aimé croquer de tous mes sens dans ses mots.

Ce n'est pas biscornu Liscorno, tout s'imbrique furtivement. Style subtil, juste tempo dans le legato des mots, le lecteur s'immisce, se superpose et navigue au plus près du cœur.

Tout lecteur ré-écrit pour lui ce qu'il lit. Jacques Josse fut, est de ceux qui prennent le large à la moindre loupiote ; je suis de ceux qui n'ont de hargne que programmer la fuite en avant, avec ce vent arrière qui vous mord la nuque. Je n'ai jamais voyagé avec lui au fond d'un bar breton, mais je l'ai rencontré au fond du dernier bar avant le Cap Horn, au-delà de la fin du monde et des mots ; et à Valpo, comme on dit aussi pour ne pas dire Valparaiso, tant le paradis s'éloigne, même si les lumières du port jamais ne cesseront de remonter aux étoiles. À chacun son Liscorno, mais certaines routes intérieures, même parallèles, se croisent.

C'est court Liscorno, mais sa lecture à souhait nous nourrit et ses échos cognent longtemps au cœur. Lire Jacques Josse c'est naviguer au près serré des nerfs, de nos propres souvenirs et se laisser larder par les petits coups de lame d'un saxo baryton.


Cet article a été posté dans Notes de lecture

Commentaires