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La vie traversée

Posté le 11 Avril 2014 par Éditions Apogée Aucun commentaire actuellement

L'Amour en moins de Pierre Vandrepote
par Alain Roussel

 

Pierre Vandrepote est un poète. Je dirais même qu’il est un poète malgré la poésie. C’est la vie qu’il traque à travers les mots, même s’il sait qu’à ce jeu c’est lui qui finira par être pris en chasse, la vie nous menant là où elle veut, comme elle le veut. Mais en même temps, la vie ne veut rien : elle se laisse seulement porter à travers le temps et l’espace par un rêve étrange dont elle n’a pas la clef.

Ainsi rien n’est jamais certain, surtout pas l’avenir. C’est sans doute cette incertitude qui, dans les nouvelles qui composent L’amour en moins chez Apogée, incite presque toujours l’auteur à ne pas conclure chaque histoire, laissant la porte ouverte à toutes les possibilités. Dans l’article qu’il lui a consacré dans la Quinzaine littéraire, Alain Joubert souligne avec justesse ce « sentiment d’inachevé ». Les mots s’arrêtent, mais l’histoire continue. Le lecteur est libre de s’inventer une suite si tel est son désir, poursuivre avec ses propres mots. Mais il peut aussi choisir de rester en suspens face au silence, face à cette présence qui soudain s’absente, se dérobe au sens, l’indicible : une sorte d’absolu qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, n’aurait rien de définitif.

Dans ces nouvelles, c’est l’amour qui appelle, qui engage l’être sur les chemins de la vie, à tenir le pari que la vie vaut la peine d’être vécue, malgré les complots d’une réalité souvent sordide. Nous rêvons la vie, mais la vie nous rêve aussi, avec de rares moments de coïncidence. Ce sont ces instants privilégiés, ces éclairs, que guette Pierre Vandrepote. Ce regard, il le veut libre et nu, sans préjugés, sans l’usure, comme s’il voyait le monde pour la première fois. Il nous le livre dans une écriture dépouillée, sans fioriture, et dont la beauté tient à cette simplicité même, à cette justesse.

Ce poète traverse la vie par les lisières, par les marges. Il déteste les autoroutes, surtout celles de la pensée. Il éclaire le territoire d’une lumière oblique, qui révèle les choses en même temps qu’elle les voile, qu’elle déploie derrière une ombre. Ainsi l’énigme, une fois mise à nu, est-elle plus énigmatique encore.


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