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Un très beau livre de mer

Posté le 6 Novembre 2013 par Éditions Apogée Aucun commentaire actuellement

Capitaine Sauveteur de Jean Bulot
par Jacques de Certaines, auteur de Jean Peltier, armateur à Nantes au Siècle des lumières, de Deux chefs de guerre au Moyen Âge, l'amiral Jean de Vienne et le connetable Bertrand du Guesclin et co-auteur de Secoue-toi Bretagne !

Les marins de plaisance ne connaissent pas toujours très bien la diversité des métiers de la mer. Celui de capitaine de remorqueur de haute mer est à l’inverse de la pratique du plaisancier : quand le vent dépasse force 8 et que la mer d’Iroise hésite entre très grosse et énorme, le remorqueur de haute mer va se poster au large alors que les voiliers ont déjà regagné d’urgence leur ponton préféré. Comment un enfant de l’île d’Arz, fils de capitaine au long cours mais se reconnaissant plutôt parmi les cancres au collège des jésuites de Vannes, est-il devenu le commandant de l’Abeille Flandre en gravissant tous les échelons de la marine marchande ? Maintenant retraité, il s’est trouvé une passion pour l’écriture et il faut reconnaître qu’il a, comme on dit, une belle plume.

Son livre décrit d’abord le début de carrière comme pilotin sur un liberty ship puis assez rapidement comme lieutenant puis capitaine dans la compagnie de remorquage bien connue des Abeilles. S’enchaînent alors ce que le marin ordinaire considérerait comme des exploits et qui n’ont été pour lui et son équipage que du travail bien fait. Remorquer par tous les temps une barge de plus de 5000 tonnes et d’une hauteur de 45 mètres, un pétrolier de 140000 tonnes, le Tanio coupé en deux, un navire de guerre nigérian… n’est sans doute pas à la portée de n’importe quel capitaine et de n’importe quel équipage. Sauver les équipages avec le canot pneumatique par mer très forte, lancer la ligne lance-amarre, amarrer la pantoire pour passer la remorque pas loin des rochers sont des exercices périlleux quand le remorqueur et l’assisté sont mangés (recouverts) par la mer et conduisent à ce que Jean Bulot appelle modestement « des sauvetages mémorables ».

Quelques « incidents » décrits dans ce livre font froid dans le dos : comment un capitaine de cargo danois en détresse peut-il, avec les instruments modernes, se tromper sur sa position ? Comment un navire secouru peut-il larguer son remorqueur dés qu’il est sorti du danger pour ne pas avoir à payer la facture ? Comment des vagues très fortes peuvent-elles couper en deux un pétrolier chargé de 27000 tonnes de fuel lourd ? Comment un porte-container peut-il s’échouer à Sein en se croyant à Ouessant ? Comment un cargo (sans pilote ?) peut-il aborder une barge remorquée sur le « rail » en mer du Nord avant de passer sur la remorque ? Quelle est la responsabilité du capitaine, de l’armateur, de l’assureur… dans nombre de « fortunes de mer », et l’on pense bien sûr à l’Amoco Cadiz refusant les secours?

Certains sauvetages font pourtant rêver à des contes de fées, telle l’histoire de ce marin malgache du  Tanio dont le premier épisode est décrit dans le livre ; dans son navire coupé en deux que remorquera Jean Bulot, il sera hélitreuillé et rapatrié sain et sauf sur Brest comme tout l’équipage. Quelques années plus tard (et cette belle histoire a échappé au livre de Bulot), ce même matelot malgache se trouvait dans les mers australes sur le Marion Dufresne lorsqu’il participa au sauvetage de l’équipage d’un hélicoptère de la marine, piloté par celui-là même qui l’avait sauvé de l’épave du Tanio.

Un très beau livre de mer, qui donne à réfléchir tant sur la force de l’océan que sur le courage et l’expérience des équipages de sauvetage, à opposer hélas à l’incompétence et l’irresponsabilité de quelques-uns. Les photos sont impressionnantes et, si certaines peuvent paraître un peu floues, il suffit de s’imaginer, appareil à la main, en train de tenter de faire « la » photo entre deux vagues de plus de 10 m de haut sur un navire roulant bord sur bord !

Jacques de Certaines

 

 


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