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Monthly Archives: November 2011

  • Un atelier d'écriture, une aventure humaine

    Posté le 30 Novembre 2011 par Éditions Apogée

    Nous vous avons déjà parlé ici du Peuple des carrières. Parmi les nombreux ateliers mis en place par ce collectif, il y avait l'atelier d'écriture Saga, emmené par Ricardo Montserrat, qui a donné naissance au roman À fleur de pierre (sorti le 19 novembre).

    Un atelier d'écriture, c'est un exercice difficile mais c'est avant tout une aventure humaine. Et cela, on le comprend bien en lisant ce texte dont Jean Guérin, l'un des participants, nous a spontanément fait part.

    Les membres de l'atelier Saga (c) M. Audinet

     

    " Ma femme descend l'escalier. Je vois d'abord ses jambes et le bas de sa chemise de nuit. Arrivée à la moitié des marches, elle s'arrête, et me dit :
    - Tu ne dors pas? Quelle heure est-il?
    Petit coup d’œil à la pendule de l'ordinateur.
    - 5h 42
    - Ça fait combien de temps que tu es là?
    - Je ne sais pas... deux ou trois cafés...
    - Tu ne viens pas dormir?
    - Non, ce n'est pas le moment, Victor et Giovanni viennent juste de rentrer de Mauthausen, ça va chauffer !
    - Bon, tu fais comme tu veux, mais moi j'y retourne...

    Tout a commencé le 27 janvier 2010.
    Dans un mail, un ami m'envoie un extrait du journal Ouest-France : "Séance d'écriture de la fiction du Peuple des carrières. Le prochain atelier d'écriture aura lieu à Languédias, le vendredi 5 février, de 17 h à 20 h et samedi 6 février, de 9 h à 12 h..."
    J'avais déjà lu deux articles similaires dans ce quotidien et je m'étais dit : "Ça, ça me plairait bien..." J'envoie l'information à quelques connaissances pour tenter de mobiliser les foules autour de l'événement (pour une fois qu'il se passe quelques chose chez nous) et nous venons à quatre le premier jour.

    L'accueil est amical et gai. Présentations faites, nous prenons tous place autour de la table. Ricardo commence une lecture rapide de quelques textes en cours. Commentaires. Difficile de comprendre ce qui se dit, nous avons trop de retard. Dans le groupe de l'atelier, les mains s'activent et griffonnent des notes, rapidement, fébrilement. Nous participons à cette rencontre en spectateurs. Pendant deux heures j'essaie de comprendre, mais je n'arrive pas à trouver le bout du fil conducteur.

    La journée se termine sur une sensation d'échec, nous nous quittons sur un "À demain peut-être?..." Dehors notre groupe de curieux n'est pas très enthousiaste. "Alors qu'en pensez vous? On se revoie demain?" "Non pas le temps, pas envie, ou ce n'est pas mon truc..." C'est clair, ils ne reviendront pas. Et moi, est-ce que je reviendrai demain matin?

    Écrire, il y longtemps que j'en ai envie. Depuis quand? Ça fait un bout de temps déjà. Depuis mes premiers contacts il y a dix ans avec les parchemins des fonds d'archives, les registres paroissiaux, les actes notariés... Écrire pour transmettre.
    Mais là c'est différent, c'est un atelier pour écrire un roman. Un roman à plusieurs. Il faut inventer une histoire où figurent des personnages du bassin granitier de Dinan, des picotous, des paysans, des résistants... Je viens d'arriver dans la région, et je ne connais rien de l'histoire de ces gens. Quelle prétention! Je vais passer pour qui? Mais ça me démange quand même un peu.
    Alors revenir demain, ou pas?

    Samedi 8 février 8h 45.
    Au foyer rural quelques personnes sont déjà là, d'autres arrivent derrière moi. Sur la table il y a des sacs, des écharpes, des cahiers, des papiers, un ordinateur et le café qui attend.
    - Bonjour !
    - Bonjour Jean, c'est gentil d'être revenu ! répond Jacqueline
    - Écoutez je voudrais bien vous aider, mais je ne suis à Languédias que depuis deux ans, je ne suis pas Breton, et je ne sais rien des carrières.
    Ricardo debout, tasse de café en main, petit sourire aux lèvres, me regarde l'air amusé.
    - Et avant tu faisais quoi? Quel est ton métier?
    - J'étais conducteur de trains à la SNCF.
    - Un cheminot ! Tu tombes bien, il y a un train à faire sauter! Tu seras le saboteur de service!
    Mon sort est scellé. Je ne peux plus revenir en arrière. C'est exactement ce que je voulais!

    Aujourd'hui le livre est terminé. Vingt et un mois ont passé pendant lesquels la coopération avec Jacqueline a été permanente. Combien d'interrogations, de doutes avons nous partagés. La résistance, les camps, le retour, le voyage en l'Italie..."Qui les a dénoncés?" "Qu'est-ce que tu as sur Mauthausen?" "C'est comment Bedizzano ?... Et l'arrivée en gare de Carrare en TGV?"... "Et le musée?"... "Et si la sœur d'Emilio venait
    faire des études en France?"
    De cette belle aventure, si bien décrite par Yolande, j'ai retenu la jubilation, le plaisir d'être ensemble à chaque rendez-vous.
    Chacun avait inconsciemment choisi un personnage et le portait en lui
    . J'ai été le Victor jeune résistant couché sur le ballast, attendant le signal du combat, les nerfs à vif. Puis plus tard celui qui rentre au pays et retrouve la maison de sa mère, détruite par le feu. Heureusement l'ami Giovanni était là, incontournable personnage.

    […]

    Nous y avons mis notre cœur, Ricardo a apporté sa touche personnelle et son savoir-faire. Le résultat est au-delà de ce que je pouvais imaginer."

    Jean Guérin


    Cet article a été posté dans Autour des livres

  • "À mettre entre toutes les mains des soignants, des aidants, des familles"

    Posté le 24 Novembre 2011 par Éditions Apogée

    Le Mot de la fin de Guénane (publié en 2010 aux Éditions Apogée), c'est un face à face ombrageux, dans l'urgence et avec humour, entre une grand-mère à la mémoire trouée et sa petite-fille attentionnée (mais dépitée). Le huit-clos a lieu à l'hôpital.

    Si nous (l'auteur comme l'éditeur) sommes touchés par le "bon papier" d'un journaliste, bien évidemment nous le sommes tout autant lorsque ce sont les lecteurs eux-mêmes qui font part de leurs critiques — quelles qu'elles soient, elles créent un lien direct, donne un "visage" à ceux à qui se destine notre travail.

    Voici pourquoi nous vous faisons part de la lettre d'un lecteur, particulièrement sensible aux propos de Guénane puisque médecin :

    « Le Mot de la fin pourrait être le mot du début, celui d'une thérapie de ce que l'on appelle "l'aidant familial", euphémisme s'il en est, on reste un fils ou une fille voire une petite-fille avec ce que cela charrie de souvenirs, de non-dits, d'interdits, de passé obscur, de secrets.

    La phrase du début ne m'a pas "dégoûté" ni empêché d'aller plus loin. Je l'entends et le vois si souvent dans mon travail

    Quel cri et quel combat ! Quelle vitalité aussi pour accepter tout cela ! Et pour finir, quelle écriture, limpide, claire, précise, jamais ennuyeuse ou bavarde… Bref, un rude combat mais un livre essentiel pour tous ceux qui cherchent des témoignages, des réponses éventuelles ou à ne pas se savoir seul face à ce séisme de vie…

    Ces jeux de mots qui amusent et embrouillent font de votre livre un grand récit à mettre entre toutes les mains des soignants, des aidants, des familles. Je vais en faire la publicité ! »

    Gaëtan Lecoq, médecin, auteur de La Tentation de la folie, Éd. Glyphe, 2010


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  • Rencontre avec le peuple des carrières

    Posté le 14 Novembre 2011 par Éditions Apogée

    Le collectif Le Peuple des carrières œuvre depuis plusieurs années pour faire connaître le(s) patrimoine(s) autour de l'activité granitière du Pays de Dinan. Nous avons eu le plaisir de faire avec eux Le Peuple des carrières, un beau livre recueillant de nombreux témoignages et une iconographie variée; et de renouveler la collaboration pour un roman à paraître dans les jours prochains : À fleur de pierre, écrit à plusieurs mains par l'atelier Saga, sous l'œil avisé de Ricardo Monsterrat.

    À l'occasion d'une journée bilan, l'association présentera les livres ce samedi 19 novembre (salle des fêtes de Trébédan), en présence des auteurs.
    Plus de renseignements : T 06 04 19 17 80 ou besrest[a]wanadoo.fr


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  • La Guerre secrète, chant funèbre pour Lorient

    Posté le 3 Novembre 2011 par Éditions Apogée

    La Guerre secrète, de Guénane
    par Albert Bensoussan, auteur de Faille

    Si le précédent récit de Guénane, Le Mot de la fin, nous transportait au pays des « mères vieilles » et rapportait, par la voix de sa petite-fille, la décrépitude d’une grand-mère à la mémoire trouée, La Guerre secrète, poussant la plainte visionnaire jusqu’à l’hallucination d’une mise en miettes, nous restitue l’enfant que n’a jamais cessé d’être celle qui, à la question : « D’où venez-vous ? », répondait : « De moi-même ». Guénane c’est d’abord ce poète qui a porté très haut la voix de Rougerie, en ses multiples recueils, ses pandectes où l’âme est consignée. Quoi d’étonnant qu’au sommet de son dire, elle soit maintenant en Apogée ?

    La Guerre secrète s’inscrit donc, là encore, dans un récit d’enfance. Dans ce Lorient défiguré sous les bombes, pilonné, rasé par les Alliés tentant d’anéantir la plus grande base de sous-marins des « Fritz et leurs blockhaus ». Dans la cité bouleversée, Lucie qui a épousé, en bravant sa famille, son bel Émilien malade, assiste à l’avancée conjointe du « bacille honteux » dans le corps condamné : ville et mari périront ensemble, mais l’enfant qui viendra sera sauvé, à la faveur d’un exode proche. (Guénane, elle-même, dut à cette tragédie de naître, « en pleine guerre secrète », hors les murs effondrés de sa ville, au bord du Blavet.) Ce récit est un chant funèbre et l’exergue : « 31 août 1666 – 14 janvier 1943 » dit bien qu’il s’agit ici de la stèle funèbre érigée à la mémoire de la ville où Colbert établit sa Compagnie des Indes. Cette lumière venue d’Orient qu’incarnait le grand port, nous la retrouvons dans ce personnage éclairant de Lucie, la narratrice, dont le nom « veut dire lumière », et qui nous guide au labyrinthe des décombres parce qu’elle est « étoile du berger » et clarté primordiale. Au dernier temps du récit, la mort la tentera du haut du viaduc sur le Scorff. Mais la voix, comme le pont, restera suspendue. Cette leçon de géographie et d’histoire est parcours d’une enfance tourmentée, dans le fracas de la guerre, dans la passion d’un cœur partagé entre deux amours, dans l’enfantement hébété d’une progéniture, et aussi dans le souvenir complice d’une mère absente peuplant les monologues de sa fille…

    Aux dernières pages le salut viendra par jet de l’éponge : « Fuir pour rester en vie, faire tenir sa vie dans une valise ». La fin du récit, au milieu des gravats et dans le délabrement d’un cœur orphelin ou d’une âme veuve, est renoncement à l’enfance et avènement de la « libération ». Nous avons là, pour finir, un adieu à la « ville détruite » - « Pauvre ville, on marche sur ta dépouille » -, mais en gardant « de l’enfance une sensation d’abandon ». Un abandon choyé, car, la romancière rejoignant le poète, nous percevons ce vers ancien de Guénane : « Abandon est un mot d'amour ».

    Albert Bensoussan


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  • Saccage des locaux d'un journal… l'histoire se répète

    Posté le 3 Novembre 2011 par Éditions Apogée

    Tout le monde s'indigne, à juste titre, du saccage des locaux du journal Charlie hebdo. Savez-vous qu'un évènement semblable s'est produit à Rennes en 1956?

    Le 8 novembre, place Rallier-du-Baty, un groupe de manifestants a complètement ravagé les locaux du quotidien communiste Ouest-Matin. Pour en savoir plus, lisez l'ouvrage de Jacques Thouroude, Ouest-Matin, un quotidien breton dans la guerre froide (1948-1956).


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  • Les araignées : tissons de bonnes relations!

    Posté le 2 Novembre 2011 par Éditions Apogée

    Puisque la France est le pays d'Europe qui accueille la plus grande diversité d'araignées, autant entamer une coexistence pacifique! Mieux connaître permet souvent d'apprivoiser sa peur. L'exposition "Au fil des araignées", au muséum national d'histoire naturelle de Paris, du 05/10/2011 au 02/07/2012, est l'occasion de le rappeler et de revenir sur deux livres parus aux éditions Apogée à ce sujet.

    Le livre éponyme, Au fil des araignées, est plus qu'un catalogue d'exposition : grâce à son approche pluridisciplinaire (la biologie mais aussi l'histoire de l'art !) et des photos tantôt pédagogiques tantôt spectaculaires, il commence par balayer tous les clichés. Une fois fait, on peut alors tout apprendre de la vie de ces mères attentives et tisseuses hors pair.

    Les Araignées se glissent aussi dans votre poche (!)… Comme toujours dans la collection Espace des sciences : des schémas et des illustrations en couleur, l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le sujet, pour les amateurs de science ou les simples curieux.

    Ci-dessus : Les néphiles sont des araignées géantes dont certaines, avec les pattes, atteignent 25 cm. Leurs toiles géométriques, elles, atteignent parfois plusieurs mètres! (photo DR. A. Canard)


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